ENSEMBLE AL-KINDÎ & LES DERVICHES TOURNEURS DE DAMAS

3MA : BALLAKÉ SISSOKO, DRISS EL MALOUMI, RAJERY

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Depuis sa création en 1983, l’ensemble Al-Kindî concrétise la vision d’un homme, le musicologue français Julien Jalâl Eddine Weiss : réunir des maîtres syriens, égyptiens, irakiens, turcs ou encore tunisiens dans une sorte de conservatoire nomade qui, à travers le monde, honorerait l’universalité de la musique savante arabe, sacrée ou profane. Au fil du temps, l’effectif a pu se remodeler, mais sa philosophie n’a pas changé : atteindre la beauté par les chemins de l’épure et la ferveur par l’intense justesse des traits instrumentaux et vocaux, accentués par la présence subjuguante des derviches tourneurs et de la transe soufie. Le décès de Weiss, en 2015, et la guerre en Syrie auraient pu avoir raison de cette belle utopie réalisée. Elle continue de tenir bon, envers et contre tout, et n’a jamais résonné avec autant d’acuité.

La soirée s’ouvrira avec une autre réunion, celle de trois virtuoses, trois sages qui conversent en musique : 3MA. Mali, Maroc, Madagascar : c’est à la croisée de ces royaumes musicaux que se retrouvent la kora de Ballaké Sissoko, l’oud de Driss El Maloumi et la valiha de Rajery. Trois cadors des cordes pincées qui, depuis leur rencontre en 2006, sèment partout où ils passent émotions fortes et enchantements durables. Chez eux, la virtuosité n’est pas plus un tremplin pour l’ego qu’un prétexte à des joutes démonstratives : elle fluidifie leur parole commune, renforce leur écoute mutuelle. Elle fait surtout d’eux de grands conteurs, maîtres dans l’art d’un récit qui, au-delà des mots, captive les âmes et saisit les cœurs.