Josef Nadj

OMMA

Création, coproduction

Du poème chorégraphique qui va naître le 25 juin à l’Odéon de Fourvière, nous ne savons aujourd’hui que deux ou trois choses, mais elles sont fortes.

La pièce se nommera Omma. Parce que, nous dit Nadj, ce mot bref s’imposa quand il vit imprimé sur le papier cet ensemble graphique harmonieux de quatre lettres, centré autour de consonnes jumelles. Et quand il prononça ces deux syllabes aux voyelles qui s’ouvrent et qui claquent, ce mot s’imposa encore comme un bon titre, clair, facile à prononcer, et énigmatique en apparence puisqu’en grec ancien, chez Homère, chez Sophocle, Omma, c’est l’œil, la vue, le regard, le spectacle. Donc un bon titre pour qui l’essentiel est “de regarder sous nos yeux pour mieux voir au fond de nous-mêmes” et qui met en spectacle des images et des visions.

Omma sera la pièce de huit danseurs, tous africains, originaires du Congo-Kinshasa et du Congo- Brazzaville, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Mali et du Burkina Faso, tous connus pour leur maîtrise des arts corporels : Djino Alolo Sabin, Timothé Ballo, Aipeur Foundou, Irié Bi Jean Ronsard, Abdel Kader Diop, Jean-Paul Mehansio, Sawadogo Sombewendin Marius et Boukson Séré.

Danses traditionnelles, danses guerrières et danses modernes, acrobatie au sol et gymnastique artistique, hip-hop, break dance, et danses urbaines, capoeira et arts martiaux, mime, comédie, conte et rap… ils incarnent toute la gamme des arts scéniques.

D’abord autodidactes, puis formés dans les groupes et les stages, à l’École des Sables au Sénégal, à la Termitière de Ouagadougou au Burkina Faso, dans des conservatoires européens… certains ont dansé chez Maguy Marin, Preljocaj, Charmatz… et chez Nadj qui les a choisis pour constituer la compagnie d’Omma.

Avec eux, il va construire une suite de petits récits, atomes d’une matière plurielle. Concentré sur le mouvement, le rythme, le souffle, la voix et le son, il veut revenir à l’essence de la danse. Puis il leur confiera le plateau et se tiendra, pour la première fois, à l’écart du jeu.

Ces huit danseurs “dotés de systèmes de signes, de langages, de cosmogonies, de mythologies, de cultures singulières” vont au cours du printemps confronter leur imaginaire à celui de Nadj, à la question du temps et du mouvement, de la mémoire et de la trace, du lien à la nature et à l’infini, de la rencontre avec l’autre… pour “une chorégraphie à venir où vont se croiser les regards, les langages et les corps”.

DANS L’ATELIER D’ARTISTE DE JOSEF NADJ, POÈTE

Josef Nadj est un enfant de la minorité hongroise de Kanjiža en Voïvodine serbe, sur la rivière Tisza. Dès l’enfance, il observe le monde et dessine. Ce qu’il voit, ce qu’il ressent, sous ses doigts tout devient image, tout devient signe. Crayons, stylos calligraphiques, encres et mines de plomb… sont depuis toujours ses outils quotidiens.

Josef Nadj, sur des papiers sensibles, avec le soleil, la lumière, des objectifs, des chambres noires, écrit aussi des poèmes photographiques.

Après les Beaux-Arts de Budapest, il est venu à Paris se former au mime avec Decroux et Marceau et rencontrer les Américains, les Japonais… et Pina Bausch. Et c’est le plus souvent avec son corps et le corps de ses partenaires, que Josef Nadj écrit depuis trente ans les récits scéniques qui ont fait de lui un chorégraphe si singulier, unique dans le paysage de la danse contemporaine.

De 1997 à 2016, il dirigea le Centre national chorégraphique d’Orléans. Il est l’auteur de plus de cinquante pièces, performances et expositions, car il écrit des “pièces”, comme Pina Bausch écrivait des “Stücke”. Des pièces dont les titres sont déjà de brefs poèmes : Sept peaux de rhinocéros, Le Cri du caméléon, Le Vent dans le sac

Je crée des spectacles vivants dont certaines propositions ont une dominante plus chorégraphique, d’autres plus théâtrale, dans le troisième cas plus visuelle ou musicale.” J.N.