Création, production

L’ORESTIE

D’après ESCHYLE, mise en scène GEORGES LAVAUDANT

Monter L'Orestie aujourd'hui, en 2019, deux mille quatre cents ans après sa création – une unique représentation ? Quel sens cela a-t-il ? Est-ce qu'on arrive même à penser, à imaginer ces deux mille quatre cents ans ? Vertige !

Revenir aux « Grecs », c'est se souvenir que le théâtre a pour enjeu beaucoup plus qu'une explication simpliste et unidimensionnelle du monde. C'est un antidote au populisme. Ces textes sont une arme de guerre (ô combien pacifique !) contre les explications sociologiques de nos comportements et de nos désirs. Ce n'est pas un théâtre réductionniste qui vous rabat sur le fait divers et qui transforme vos pensées en tête jivaro. Le théâtre grec (pardon pour l'anachronisme) ne rivalise pas avec les journaux ou la télévision. Il est tout à la fois poésie, philosophie, Histoire et histoire, fiction, rêve, prédication, leçon de morale. Il vous embarque pour un voyage à haut risque, sans boussole. Il vous trompe, il vous noie, il vous sauve. L'exigence éthique et poétique d'Eschyle dans cette trilogie sans équivalent, l'unique à nous être parvenue, son invention verbale, son sens du récit, l'entrelacement de la psychanalyse et du polar, nous rendent plus forts, mais aussi plus exigeants. Que de pâles copies contemporaines, quand les originaux n'ont toujours pas livré leurs secrets. Ces textes ne nous font pas la morale, ne nous donnent pas de leçons. Ce sont des coffres-forts de papier dont nous n'avons toujours pas trouvé la clé, afin de percer leurs énigmes ; pour la bonne raison que cette clé n'existe pas, et n'existera jamais. Il faut les jouer, les proférer et les chuchoter, devant l'assemblée silencieuse et émerveillée des enfants et des vieillards, assis là tous ensemble alors qu'une fois encore la nuit tombe et que les étoiles commencent à briller – oui, que cela commence : « ô dieux, délivrez-moi de mon épreuve »...

Georges Lavaudant, 8 janvier 2019