MARCUS MILLER

BAB L’BLUZ

Captez cet instant d’entrée en scène, d’entrée en jeu. Minceur adolescente, souplesse des gestes, petit chapeau historique sur la tête, la quarantaine sous les projecteurs, 62 ans d’après la police, il attaque sec un solo de basse au slap maison. Rugissement de plaisir dans les rangs. Surtout chez les plus jeunes. Vous verrez. Marcus a plusieurs cordes à sa basse : son naturel, une entraînante joie de jouer, l’art d’enflammer son groupe, et le contact sans démagogie ni ficelles, avec le public. Le génie de la transmission. De lui, à force de savoir tout, on ne sait plus rien quand il saute en scène. Oui, Miles Davis l’a convoqué en 1980 (Marcus est né en 1959…) pour “produire” son futur album. Marcus tout jeunot (Miles a la soixantaine) lui offre Tutu, en hommage à Desmond Tutu, récemment disparu. Immense succès. La carrière multifacettes de Marcus, il la doit à son talent éclectique, à sa personnalité agréable et à son formidable allant en scène. Plus tard, l’Unesco le nommera “Artiste pour la paix, porte-parole de la Route de l’esclave”. Rôle qu’il prendra au sérieux. Avec toujours, en scène, cette inimitable manière si cool de jouer et faire jouer funky sur fond de la connaissance la plus vaste du jazz et du blues. Plus ce slap (percussion de la note sur le manche) qui enchante. Ah oui : abonné au Monde en Californie, il parle français comme vous et moi.

Francis Marmande