LES SALONS DE MUSIQUE DES NUITS

MÉLISSA LAVEAUX

“Mourir est une nuit sauvage, et un nouveau chemin.” C’est à ce vers d’Emily Dickinson que Mélissa Laveaux, en 2014, empruntait le titre de son deuxième album pour le label Nø Førmat!, Dying is a Wild Night. Tout son parcours d’enfant de l’exil, née à Montréal de parents haïtiens puis élevée à Ottawa, se condense là, dans la beauté de cette phrase serrée comme un poing. Son histoire, c’est celle, si commune mais jamais banale, âpre en son cœur et finalement radieuse, d’une identité que le déracinement aurait pu éteindre et que l’amour de la musique a illuminée. Un amour que la jeune Mélissa a voulu sans conditions ni limites, embrassant avec le même appétit chanson française et jazz vocal, folk nord-américain et traditions haïtiennes, Elliott Smith et Beyoncé, Björk et Lhasa. Aujourd’hui, elle déchaîne cette force syncrétique dans les chansons de Radyo Siwèl comme sur scène, dans les vapeurs et foudres d’un rock généreux et vierge de tout cliché : un rock à part, un rock à elle, qui s’affiche comme musique créole par excellence, vif comme une déchirure et solaire comme une renaissance.