Orange Blossom

Emel Mathlouthi

MAYA KAMATY

Dans le monde des “musiques du monde”, il est souvent question de tradition, d’héritage et de territoire. Mais certains musiciens voient et visent plus haut que leurs racines. Trois voix féminines enchantent cette soirée et affolent les boussoles de l’espace-temps musical.

Maya Kamaty est née sur l’île de la Réunion, d’un père musicien (le fondateur du groupe Ziskakan) et d’une mère conteuse, défenseurs d’une culture créole qui éclot dans le maloya. De ce style traditionnellement joué sur des instruments acoustiques, Kamaty a gardé les rythmes, la langue, les mélodies et la dimension spirituelle, mais en les propulsant dans l’ère et les mystères électroniques.

Originaire de Tunis, Emel Mathlouthi a éclos pendant les Printemps arabes. En 2011, sa chanson Kelmti Horra (“Ma parole est libre”) est devenue l’hymne de la révolution de Jasmin. Ce qui lui a valu d’être persona non grata en son pays, et de commencer une carrière internationale comme chanteuse, mais aussi porte-voix de causes politiques. De Paris puis de New York, elle a sorti trois albums où cette force de caractère prend encore une autre dimension. De plus en plus électroniques et hypnotiques, ses chansons-fresques invitent à la danse et la transcendance.

Fondé à Nantes et mené par une chanteuse égyptienne, Orange Blossom invente depuis plus de vingt ans la world music d’un pays de science-fiction, ou celle qu’on entend seulement quand on rêve. Parties d’Orient, ses compositions planent jusqu’aux confins de l’imagination, poussées par de chauds vents symphoniques et tirées vers le haut par la voix de diva tourmentée de Hend Ahmed. Le groupe ne sort ses albums qu’avec parcimonie – le tout nouveau, à paraître au printemps, sera le quatrième en plus de 20 ans d’existence – mais ses concerts sont innombrables. Normal : la scène est l’escale obligée où ces aventuriers présentent le fruit de leurs périples musicaux. Et pour leur premier passage à Fourvière, ils ne font pas les choses à moitié… Orange Blossom s’annonce en effet au Grand théâtre avec une scénographie spectaculaire, symbolisée par la présence de deux immenses bras articulés imaginés par François Delarozière, directeur artistique de la Compagnie La Machine et concepteur des célèbres Machines de l’île de Nantes. La rencontre entre l’univers musical d’Orange Blossom et ces créatures monumentales promet un voyage esthétique et rythmé, conté à travers les arabesques incandescentes de l’humain et de la matière.